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tout sur les anges et l'étrange

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des livres à ne pas mettre en toutes les mains

  http://devorateur.wordpress.com/2010/02/01/livres-maudits-chronique-des-codex-disparus/

 

 si la petite poule noire ne vous dit rien je vous conseille de lire ce qui suit car il existe des lectures un peu spéciales  mais à la demande de biribibi je justifie juste une chose , la bible non plus n'est pas justifiable pas plus que le bottin téléphonique et vous savez pourquoi ? tout est toujours en évolution ce que j'écris aujourd'hui ne sera pas valable demain 

Livres maudits : chronique des codex disparus

 

 

Dans « Les livres maudits », une de ses oeuvre les plus passionnantes, Jacques Bergier écrit : « Il parait fantastique d’imaginer qu’il existe une Sainte Alliance contre le savoir, une Synarchie organisée pour faire disparaître certains secrets. [...]

Le thème du livre maudit qui aurait été systématiquement détruit tout au long de l’histoire a évidemment inspiré beaucoup de romanciers, H.P. Lovecraft, Sax Rohmer, Edgar Wallace. Néanmoins ce thème n’est pas seulement un thème littéraire. Cette destruction systématique existe à tel point qu’on peut se demander s’il n’y a pas une conspiration permanente qui vise à empêcher le savoir humain de se développer trop vite. »

 

L’auteur commence ensuite son examen des grands livres secrets (si secrets que seul le titre a souvent pu traverser la nuit des temps) par le plus ancien d’entre eux : le « Livre de Toth ». Bien que solennellement détruit en 360 avant J-C., sur ordre de Toth lui-même, il a paru ressusciter de ses cendres au fil des siècles, « mais on ne voit jamais apparaître le livre lui-même : chaque fois qu’un magicien se vante de le détenir, un accident interrompt sa carrière ». Bergier cite encore :

Les « Stances de Dyzan », manuscrit tibétain qui disparut du coffre de Mme Blavastsky, fondatrice de la société de Théosophie, lorsqu’elle eut annoncé son intention de le publier;

 

 

« Steganographie », écrit au XVIe siècle par l’abbé Trithème, « détruit par le feu sur ordre de l’Electeur Philippe, le comte palatin Philippe II, qui l’avait trouvé dans la bibliothèque de son père et qui fut terrorisé ». Mais le magicien John Dee (célèbre par son miroir noir) en découvrit un fragment , échappé aux flammes, dans une librairie d’Anvers en 1563. En 1588, le même John Dee offrit à l’empereur Rodolphe II « l’étrange manuscrit Voynich ». Manuscrit chiffré qui a résisté à ce jour à tous les experts de la cryptographie;

Le « manuscrit Mathers » au XIXe siècle, et au XXe siècle « un livre très dangereux et dont la lecture rend fou, et qui s’intitule Excalibur ». C’est le tsar Nicolas II qui, après l’avoir lu, fit brûler « la Révolution par la Science ou la fin des guerres », découvert dans le laboratoire où le savant Mikhaïl Mikhaïlovitch Filippov fut assassiné en octobre 1902.

Tous les livres maudits ne disparaissent pourtant pas sans laisser de traces. Bergier terminer son énumération par un ouvrage de James D. Watson : « La Double Hélice ». Les découvertes qu’il exposait dérangeaient le monde des grandes affaires. Personne ne voulait l’éditer puis quand il a été publié, personne ne voulait en rendre compte. Il a finalement été traduit en français aux éditions Robert Laffont en 1970. Au cours de son étude, Bergier n’a pu s’empêcher de faire allusion à un livre maudit aussi introuvable que ceux dont il a relevé la trace, mais beaucoup plus connu du grand public. A propos du magicien John Dee susmentionné, auteur lui-même au XVIe siècle d’un livre impossible à trouver, « la Monade hiéroglyphique », il laisse échapper un soupir de regret :

« Tordons le cou à une autre légende, John Dee n’a jamais traduit le livre maudit, le Necronomicon d’Abdul Al Azred, pour l’excellente raison que ledit ouvrage n’a jamais existé. Mais, comme le dit très justement Lin Carter, si le Necronomicon avait existé, Dee aurait été de toute évidence le seul homme à pouvoir se le procurer et le traduire ! Malheureusement, le Necronomicon a été inventé de toutes pièces par Lovecraft, qui l’a personnellement confirmé dans une lettre. Dommage. » Dans la conversation, lorsqu’il évoquait Lovecraft, Bergier voyait en lui un initié, le correspondant terrestre – peut-être à son insu – d’une centrale psychique extra-dimensionnelle, détentrice de connaissances dangereuses pour le développement de l’humanité en cas de divulgation prématurée.

L’initié devenu en possession de tels secrets ne pouvait qu’y faire des allusions chiffrées, codées ou encore sous le voile de la fiction. Dans son ouvrage « Admirations », Bergier prête cette dernière attitude à d’autres romanciers, tels que John Buchan ou Talbot-Mundy. Bergier n’était pas loin de penser que le « Necronomicon », faux livre maudit, avait été pour Lovecraft un moyen de soulager sans les divulguer le poids de secrets trop lourds, en quelque sorte une métaphore de ses révélations. Les familiers et lecteurs de Lovecraft ont très vite saisi le rôle clé joué par ce texte dans sa cosmogonie romanesque. Le « Necronomicon » a pris une telle importance mythique que Lovecraft a dû, à la demande instante de ses amis, en préciser l’histoire et la chronologie.

Sa rédaction, vers 730 après J-C à Damas, est l’oeuvre d’Abdul Al Azred, « un poète dément de Sanaa, capitale du Yémen dont on a dit qu’il avait connu la gloire sous la dynastie des califes Umayyades ». Intitulé « Al Azif », le texte arabe sera perdu au XIe siècle. Heureusement, entre-temps, il a été traduit en grec, en 950, par Theodoros Philetas, sous le titre « Necronomicon » : Code des Morts. Le texte est brûlé en 1050 sur ordre du patriarche Michel. Un exemplaire ayant survécu permet à Olaus Wermius de le traduire du grec en latin en 1228. Quatre ans plus tard, les versions latines et grecques sont condamnées par le pape Grégoire IX. Maisune impression en caractères gothiques est signalée en Allemagne verq 1440 (ce qui est un peu grossier, l’imprimerie de Gutenberg n’étant à cette date qu’une vague idée loin de sa concrétisation). Et le texte latin interdit sera néanmoins traduit en espagnol vers 1600. La traduction anglaise prétendument établie par John Dee daterait du début du XVIIe siècle.

Le seul exemplaire connu de cette traduction de John Dee est gardé sous clé à l’université de Miskatonic, dans la petite ville d’Arkham, capitale du monde imaginaire lovecraftien. Le « Necronomicon » est cité avec une régularité imprécatoire dans toutes les histoires du mythe de Cthulhu. Mais comme il a l’inconvénient d’être inconsultable, Lovecraft a été amené à imaginer d’autres ouvrages moins dangereux et plus accessibles. Tels les « Manuscrits Pnakotiques » (relatifs à la « Grande Race »), les « Sept livres cryptiques de H’San », les « Chants des Dholes », le « Texte de R’lyeh ». Dans la nouvelle « L’Abomination de Dunwich », il cite encore le « Livre de Dyzan » dont il a emprunté le titre aux stances tibétaines pré-citées.

Cette bibliothèque fantôme n’a cessé de proliférer, du vivant même de Lovecraft. Pour lui rendre hommage (et maintenant aussi pour capter une partie de ses admirateurs), ses amis écrivains de la revue « Weird Tales » s’amusaient à citer dans leurs oeuvres des éléments de ce qui est devenu le mythe de Cthulhu (invention posthume) et à ajouter un ou deux personnages à leur panthéon monstrueux. Ils n’hésitèrent donc pas à accompagner le « Necronomicon » de quelques ouvrages aussi peu recommandables. Clark Ashton Smith apporta le « Livre d’Erbon » ou « Liber Ivoris »; Robert Bloch le « De Vermis Mysteriis » de Ludvig Prinn; Robert Howard le « Unaussprechtlichen Kulten » de Von Junzt; J. Ramsey Campbell les « Révélations de Glaaki »; Brian Lumley les « Fragments de G’harne » et le « Ctaat Aquadingen ».

Auguste Derleth, le plus frénétique pasticheur de Lovecraft, dans son obsession minable et erronnée propose plusieurs volumes. Surnommé par Lovecraft « le comte d’Erlette » en raison de ses lointaines origines françaises, il lance d’abord le « Culte des Goules » du comte d’Erlette, suivi bientôt par les « Fragments de Celaeno » et par un troisième livre, une thèse cette fois-ci : « Approches des structures mythiques des derniers primitifs en relation avec le texte de R’lyeh » par le Dr Laban Shrewsbury. Il est le chef de file d’une coutume détestable liée à la mémoire de Lovecraft,  et qui fait partie du prix d’entrée dont tout nouveau contributeur au  » Mythe de Cthulhu  » se croit obligé de s’acquitter : inventer un dieu, une ville et un livre. Parfois une histoire, mais ces différents participants ont été beaucoup moins prolifiques à ce sujet… 

Peut-être même le « Necronomicon » est-il finalement le seul véritable livre maudit, l’archétype de ce genre de volume, dont on reconnaît l’image sous les descriptions du livre non identifié qui apparaît dans le fragment inachevé intitulé Le Livre ou dans les sonnets des Fungi de Yuggoth.
Il est tentant d’imaginer l’œuvre d’Alhazred sur le modèle de ces encyclopédies du Moyen-Âge prétendant offrir une description complète de l’univers connu et faisant une large place aux superstitions populaires et aux récits fabuleux de voyageurs impressionnables. On y trouve très certainement des illustrations diverses, quelques recettes (magiques ou pas) et – puisqu’Alhazred est poète – de nombreux passages en vers.
Ce qui fait du Necronomicon un livre maudit, c’est son contenu. Il est dit que sa lecture peut rendre fou ; d’ailleurs Alhazred lui-même l’était. D’où peut venir un effet aussi dévastateur ? Il ne faut pas l’imaginer comme une sorte de malédiction frappant automatiquement le lecteur dès que celui-ci ouvre le livre. Les dommages psychologiques ne se manifestent qu’après une lecture approfondie. C’est la compréhension de ce que révèle Alhazred, ainsi que de ce qu’il ne révèle pas, qui en est la cause. Pour l’essentiel, il s’agit de l’idée suivante : chaine-hereford-cathedral-chained-library.jpg

Derrière nos perceptions quotidiennes se cachent des choses terribles et insoupçonnées. Le monde n’est pas ce qu’il semble être, tout comme la riante surface de la mer ne donne aucune idée des monstruosités qui se cachent dans ses profondeurs. Il a existé, il existe encore des entités infiniment plus vastes, plus savantes et plus puissantes que l’humanité ; s’il leur en prenait l’envie, elles pourraient nous exterminer en peu de temps. La domination de l’homme sur la Terre n’est qu’une rassurante et trompeuse apparence. Nous ne savons rien, mais c’est finalement préférable pour nous.

Mais pour que ces idées puissent réellement détruire un homme, il faut que celui-ci touche du doigt leur vérité ; par exemple, qu’il n’en prenne connaissance qu’après avoir été pris au milieu d’un faisceau de preuves qui toutes suggèrent la même interprétation. La seule lecture du Necronomicon, si celui-ci est simplement pris pour les élucubrations d’un fou, peut très bien ne produire aucun effet nocif.
On voit donc que pour Lovecraft, c’est la connaissance – et particulièrement la compréhension de cette idée lovecraftienne entre toutes, d’un univers froid et indifférent au milieu duquel l’homme n’est qu’un grain de poussière – qui peut mener un individu à la folie, en détruisant le petit univers mental, fondé sur l’anthropocentrisme, dans lequel il avait confortablement vécu jusqu’alors. Le « Livre de Sable » et le « Roi en Jaune » relèvent par exemple de registres totalement différents, jouant sur l’horreur de l’infini et la révélation du vrai visage humain.

 

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 N'est point mort qui peut éternellement gésir,

Au cours des temps, la Mort même peut mourir.

Abd al-Azrad, Kitab Al-Azif


Parmi les livres sacrés de l'humanité, le Necronomicon tient une place exceptionnelle, dans la mesure où il est difficile de distinguer, dans son discours, le bien du mal, le sublime du monstrueux et, plus étrange encore, le vrai du faux. La Bible, le Coran, la Kabbale, les Upanischads, voire le Livre des Morts, suggèrent plus qu'ils n'expliquent, en projetant des faisceaux lumineux sur les ténèbres de l'ignorance. Le Necronomicon se situe résolument ailleurs, manipulant des idées qui, comme les 'klifot' 
[1], s'inscrivent du côté ténébreux de l'Arbre de la Vie. 
Dès lors les rationalistes sont-ils rapidement désarmés, face à l'attrait exercé par le côté obscur de cet ouvrage sur les audacieux qui veulent en percer le mystère, ou sur les déséquilibrés, noyés dans un doute qui confine parfois à la folie. Nombre sont les légendes et les rumeurs qui tentent de retracer l'histoire de ce livre. Mais les chercheurs sont tous d'accord sur un point, à savoir qu'il est totalement impossible de donner à ces écrits une interprétation définitive. Le Necronomicon offre en effet à l'imagination du lecteur un abîme insondable, hors de portée de l'intellect humain. L'étudiant ne peut alors que capituler et plonger dans la démence.
Aussi n'est-il pas surprenant que l'auteur mythique de ce traité, l'Arabe Abdul Alhazred, ait eu également l'esprit dérangé ! Celui qui a révélé l'existence de ce livre et qui l'a inscrit dans l'histoire de l'imaginaire du XX ème siècle, Howard Philips Lovecraft (1890-1937), encore appelé le reclus de Providence, était lui-même issu de parents déments...... On peut dire sans exagération que cet écrivain talentueux est né "un jour où le ciel a explosé ", en une fin de siècle qui était au carrefour des craintes et des espoirs de l'humanité. C'était l'époque où les théories rationalistes, encore hier toutes puissantes, n'étaient plus à même de combler le vide laissé dans l'imaginaire collectif par l'effondrement de l'ordre technocratique. Après la chute de Dieu qui a marqué le siècle des Lumières, et après l'échec de ceux qui avaient voulu installer sur son trône les prêtres de la science, l'incertitude a commencé à s'infiltrer dans les brèches de l'univers. Le doute a alors véhiculé les restes des anciens mythes au profit d'esprits affamés de nourritures métaphysiques.


Lovecraft a consacré l'essentiel de sa brève existence à écrire des contes très suggestifs, à la fois ténébreux et gothiques. Le contenu de ses nouvelles était très au-delà des frontières de la littérature d'horreur traditionnelle. Il y traitait de sujets philosophiques concernant l'éternité de l'univers, la puissance infinie du cosmos et la fragilité de l'existence humaine. Sous couvert de littérature populaire, il diffusait en quelque sorte " sous le manteau " des visions fondamentales que l'on retrouvera ultérieurement sous la plume des existentialistes. Pour lui, les " étrangers " n'étaient pas les hommes, mais d'obscures divinités très anciennes évoquées par le Necronomicon. Un livre qu'il qualifiera, du reste, " d'odieux et de blasphématoire. "
L'ensemble des contes faisant appel à ces divinités est communément appelé " Mythe de Cthulhu ", du nom de la créature la plus connue. Lovecraft a donné beaucoup de détails sur cette mythologie, notamment dans l'une de ses meilleures œuvres, " l'Appel de Cthulhu ". " Des temps avaient existé ou d'autres Choses avaient régné sur le Terre et où Elles avaient eu de grandes cités. Leurs restes [….] pouvaient encore être retrouvés sous forme de pierres cyclopéennes dans les îles du Pacifique. Toutes étaient mortes à des époques très lointaines, avant l'arrivée de l'homme, mais il existait des procédés magiques qui permettaient de les faire revivre quand les étoiles auraient retrouvé les positions qui convenaient dans le cycle de l'éternité. Elles étaient, à vrai dire, venues elles-même des étoiles et avaient apporté Leurs représentations avec elles sous forme de figurines ". [2]
 
Lovecraft écrit que : " Ces Grands Anciens n'étaient pas entièrement faits de chair et de sang ; Ils avaient une forme, mais cette forme n'était pas faite de matière" Et quant à leur retour : " Cependant, bien qu'ils n'aient plus été en vie, Ils ne mouraient jamais vraiment. Ils demeuraient tous dans leurs maisons de pierre de la grande cité de R'Lyeh, préservés par les charmes du puissant Cthulhu et attendant une résurrection glorieuse, au moment où les étoiles et la terre seraient une fois de plus prêtes pour Eux. Alors, pourtant, il faudrait qu'une force intervienne de l'extérieur pour libérer Leurs corps. […] Ce culte ne disparaîtrait qu'au moment où les étoiles seraient à nouveau comme il le fallait et que les prêtres secrets pourraient aller chercher le Grand Cthulhu dans sa tombe pour qu'il redonne vie à Ses sujets et Se remette à gouverner la terre. Il ne serait pas difficile de savoir quand ce temps serait venu car, alors, l'humanité serait tout à fait semblable aux Grands Anciens ; libre et fougueuse, au-delà du bien et du mal, les lois et les morales rejetées, tous ses membres criant, tuant, se divertissant joyeusement. C'est alors que les Anciens, libérés, leur enseigneraient de nouvelles manières de crier et tuer, de se divertir et de jouir de leur existence ; puis toute la terre s'enflammerait dans un holocauste d'extase et de liberté. En attendant, le culte, par des rites appropriés, devait maintenir vivant le souvenir de ces voies anciennes et faire pressentir la prophétie qui annonçait leur Retour". Et c'est exactement le rôle du Necronomicon, recueil de légendes et de rituels, que de préserver la mémoire de ces divinités effrayantes.
Toutes les allusions de Lovecraft à ce livre ont bien évidemment intrigué ses amis et ses lecteurs, sans parler des milieux occultistes. On se demandait légitimement quelles étaient les sources de l'auteur et s'il pouvait confirmer l'authenticité du manuscrit. Et au grand étonnement de tous, il a à maintes reprises affirmé que l'ouvrage n'existait pas et qu'il n'était rien d'autre que le produit de son imagination. Ceci dit, il a collationné de nombreux éléments supposés, afin d'établir l'histoire du Necronomicon. On les retrouve notamment dans sa lettre à son ami écrivain, Clark Aston Smith (27 novembre 1927) : "On attribue ce livre blasphématoire à l'un des habitants de Sunna à Yemen [….] qui a fait de nombreux pèlerinages mystérieux dans les ruines de Babylone, dans les catacombes de Memphis, dans des endroits fréquentés par le diable, et dans les déserts d'Arabie méridionale, jamais foulés par le pied de l'homme. Il disait y avoir trouvé des écrits d'origine pré-humaine, et appris à adorer Yog-Sothoth et Cthulhu. Abdul, a la fin de sa vie, alors qu'il était à Damas, a entrepris de rédiger un livre. Son titre original est Al Azif. Azif est le nom que donnent les arabes au bruit provoqué la nuit par les démons qui hurlent. Alhazred est mort - ou il a disparu- après les événements terribles de 728. En 950, ce livre a été traduit en grec sous le titre de Necronomicon par Theodorus Philetas de Constantinople. Un siècle plus tard, il fut brûlé sur ordre du patriarche Michel de Constantinople. Il fut ensuite traduit en latin en 1228, par Olaus Wormius, puis ajouté à la liste des ouvrages mis à l'index par le pape Grégoire IX, en 1232. On a perdu la version originale, et la dernière copie grecque fut détruite à Salem en 1692. On en connaît aujourd'hui que des fragments ou des copies de la version latine, sérieusement protégés de la curiosité du public. ". [3]
 
Il n'est en conséquence pas étonnant que, malgré les dénégations de Lovecraft, beaucoup de chercheurs dans le domaine de l'insolite se soient mis à investiguer sur le mystérieux manuscrit. Et même si Lovecraft a avoué que le nom de l'auteur du Necronomicon, Abdul Alhazred, n'était rien d'autre que l'une de ses inventions d'enfance, inspirée par la lecture des "Mille et une Nuits", les passions s'exacerbèrent.

La première version "contemporaine" du Necronomicon a été publiée en 1973. Il s'agit de Al. Azif, Necronomicon, édité par. Owslwick Press et inspiré par l'écrivain L. Sprague de Camp, auteur du reste d'une monumentale biographie de Lovecraft. L'ouvrage se compose d'une copie assez courte du manuscrit, introduite par une substantifique préface. De Camp y explique comment, alors qu'il se trouvait en 1967 aux Indes et au Moyen-Orient, il a pu mettre la main sur un étrange ouvrage écrit dans une langue mystérieuse. On ne pouvait en effet identifier que le seul mot "Al Azif". Ce manuscrit a vraisemblablement été écrit en langue duriaque, celle pratiquée encore aujourd'hui par le habitants les plus âgés du hameau kurde de Duria, au nord de l'Irak. Après étude approfondie des copies soumises par De Camp, les experts mirent en doute l'authenticité du manuscrit. Selon eux, De Camp aurait recopié 8 pages d'un manuscrit syriaque, répétant nombre de fois les mots en modifiant leur terminaison pour faire du "remplissage". Au bout de quelques années, l'auteur reconnut la supercherie et demanda de considérer ce livre comme étant "une bonne blague".

La version la plus connue fut éditée quatre années après celle de De Camp et est connue sous le nom de son éditeur, Simon. Le Necronomicon de Simon repose, pour l'essentiel, sur la mythologie sumérienne et dans son introduction, l'éditeur établit une savante comparaison entre les noms des divinités de Sumer et celles issues de la mythologie de Cthulhu. Il laisse entendre qu'Abdul Alhazred, ayant découvert une forme cachée de la sagesse lors de ses voyages - tout en "surfant entre la folie et la raison "-, puisse être l'auteur de ce texte. Et que nous dit le cœur de l'ouvrage ? Pour découvrir l'univers magique, il faudrait gravir les échelons d'une "échelle de lumière". Et pour cela, il nous faudrait traverser sept zones souterraines. La traversée nécessite des rituels de purification, le lancement de conjurations appropriées et l'invocation de diverses énergies secrètes. Ce livre comprend également beaucoup d'éléments visant à rétablir la force, gouverner nombre de puissances et d'esprits occultes. Son contenu, en fait, ressemble beaucoup à celui des traités classiques de goétie [4]. Le livre regorge du reste de sceaux, symboles et signes. Par exemple, dans la partie intitulée "Livre des 50 Noms", on retrouve maints symboles en provenance de la Magie Secrète d'Abramelin [5]. Mais la démarche proposée par ce Necronomicon est en fait dégénérée et tendancieuse, et en tout état de cause dépourvue de scrupules. Celui qui suivra le chemin proposé est exposé à l'influence de forces qu'il aura du mal à maîtriser, au risque permanent de perdre l'esprit.
Cette version, en définitive, n'est rien d'autre qu'une compilation plus ou moins adroite de vieilles conjurations de Sumer et d'Akkadie, enrichie par l'auteur de concepts occultes contemporains. Il brasse une série d'idées qui sont en réalité plus proches des théories d'August Derleth que de celles de Lovecraft. Et précisons encore que ce travail eut suffisamment de succès pour que son auteur se croie obligé de le poursuivre en publiant un complément, le Necronomicon Spellbook.
Ce livre est fondamentalement différent des autres pseudo-necronomicons. En effet, l'imagination débordante de Simon l'a amené à réaliser " l'impossible ". Alors que ce manuscrit est traditionnellement mystérieux, incompréhensible etc…. , Simon en a fait un manuel pratique de magie! En se transformant en un outil précis, le Necronomicon perd tout son charme.. Et toute son efficacité !


En 1978 apparaît un nouvel avatar du livre maudit, cette fois sous la houlette éditoriale de Georges Hay. Il s'agit maintenant de la traduction en anglais d'un texte rédigé en langue énochienne par le mage élisabéthéen John Dee, le "Liber Logaeth". Le mage aurait reçu ce texte blasphématoire lors d'une communication avec une entité appelée "l'Ange à la Fenêtre de l'Occident". C'est à David Langford, mathématicien, que serait revenu l'honneur de déchiffrer le manuscrit. A son grand étonnement, il aurait remarqué que les noms des Grands Anciens étaient dissimulés, recouverts sous des chiffres mystérieux. 
Dee contesta les travaux de Langford, fort éloignés du système énochien. Et de fait, le mathématicien montrait que le manuscrit n'était qu'une médiocre compilation de différents grimoires, comme " Les Trois Livre de la Philosophie Occulte " de Cornelius Agrippa, " La Goérie ", c'est à dire le traité d'Alkindi connu aussi sous le nom de " Livre essentiel de l'âme ". A l'évidence, nous sommes à nouveau en présence d'une mystification !

D'autres livres [6]
 portent également le titre de Necronomicon. Mais ce ne sont des " cocktails " de fragments tirés des livres déjà mentionnés et d'autres, issus de la fantaisie des éditeurs. Sur la base de ces textes, et bien sûr en se référant aux nouvelles de Lovecraft et à celles de ses proches, s'est développé tout un courant magique gravitant autour du " Mythe de Cthulhu ". Il s'est matérialisé dans différentes sociétés secrètes, comme l'Ordre Esotérique de Dagon ou la confraternité des oblates du monastère des Sept Rayons de Michel Bertiaux. [7]
 Notons que ce dernier s'inspire également de divers autres courants magiques, comme la tradition énochienne, les cultes d'obsession ou encore le " Zos Kia Cultus " d'Austin Osman Spare. 

Cela dit, il ne faut pas dénigrer l'importance de ces différents avatars du Necronomicon, et de façon plus globale, de la mythologie de Lovecraft dans l'évolution de la pensée ésotérique contemporaine. En effet, ce qui au premier degré ressort de la littérature et/ou de la plaisanterie a eu une influence déterminante sur la formation de la " magie du chaos ", une forme originale et dynamique de l'occultisme actuel. Ce courant pragmatique de la magie a vu le jour en Angleterre à la fin des années 70, sous l'égide de l'Ordre des Initiés de Thanateros. Il marque une rupture brutale avec l'approche traditionnelle de la magie, à savoir l'art de fréquenter une hiérarchie de forces spirituelles (et parfois démoniaques !) existant objectivement dans l'univers, bien que cachées aux yeux des profanes. Pour le " Mage du Chaos ", " rien n'est véritable, mais tout est réel ", ce qui signifie que les fameuses entités ne sont rien d'autre que ce que nous sommes capables de produire. Ce pragmatisme amène les adeptes à se détacher de tout le contexte des pratiques classiques. Il s'agit d'une magie expérimentale, dans laquelle priment les résultats. Ceux-ci sont tributaires de la force de la volonté et de la puissance de l'imagination, et non plus du respect littéral du rituel. D'où cette popularité du Necronomicon, vrai-faux livre qui enflamme les esprits. Mais s'agissant d'un " Mythe réel ", on est fondé à se demander d'où vient cet étrange besoin de croire....
Qui sait si nous ne serions pas proche de la vérité en disant que le Necronomicon n'est rien d'autre que la version contemporaine de l'ancienne tradition gnostique, déplorant la solitude de l'homme, le conflit entre le bien et le mal et l'échec du mariage entre l'esprit et la matière ? La biographie de Lovecraft est en elle-même une excellente illustration de cette philosophie.

Il est en effet très tôt orphelin de parents déments, seul avec sont talent et une défiance maladive vis-à-vis de ses semblables. En quittant le XIX ème siècle, l'humanité avait perdu toute trace de sa flamme divine, et l'écrivain était terrassé par des forces incompréhensibles, des forces qu'il considérait comme ennemies. Les explications fournies par la science étaient du reste tellement insuffisantes que celle-ci n'hésitait pas à plonger dans les mythologies pour tenter de donner un sens à l'existence solitaire de l'homme. **
Comme le relate Colin Low, l'un de ces mythes raconte l'histoire des nephilims, ces créatures angéliques qui s'étaient données pour mission de protéger l'humanité ; ils aimèrent tellement cette dernière qu'ils s'unirent aux filles des hommes afin de leur donner une progéniture. Selon cette tradition, illustrée notamment par le livre d'Enoch et certains traités cabalistiques, il résulta de ces unions la naissance de géants, monstres hideux éternellement insatisfaits : on les appelait vent du sud, dragon à la gueule béante, panthère voleuse d'enfants, bête sauvage, ouragan malsain………. Ces monstres étaient particulièrement voraces et dévoraient chaque jour des milliers de personnes ou d'animaux. Ils devirent une injure, ce qui explique, selon la tradition juive, que Dieu occasionna le Déluge pour nettoyer le monde.
Le symbolisme aquatique fait depuis longtemps partie de la mémoire ancestrale. L'eau purifie en éliminant les " anges déchus ". Mais cette purification n'est pas synonyme d'anéantissement. Les " noyés " n'ont pas disparu, mais subsistent dans un autre plan, entités blasphématoires qui attendent une heure nouvelle. C'est pourquoi le Necronomicon parle des Grands Anciens " qui étaient, sont et reviendront ". Ce n'est pas un hasard si dans les contes de Lovecraft le mal vient essentiellement de la mer. Un mal issu du passé.

La croyance au retour des anciens est du reste inscrite dans la tradition chrétienne. La prophétie apocalyptique parle de sept anges munis de sept trompettes. Le son de ces instruments provoquera des événements horribles, annonçant la fin du monde. Les épidémies qui se déclencheront seront la manifestation de la colère de Dieu. Des événements similaires sont décrits dans l'Edda de la tradition nordique ou dans le Livre des Morts égyptien. A la lumière de ces prophéties, on peut considérer le Necronomicon comme une œuvre eschatologique, dans laquelle la fin du monde n'est pas synonyme de rédemption. En effet, la malédiction qui transpire dans le livre repose sur une certaine forme " d'inéluctabilité ". Le Necronomicon est en quelque sorte l'histoire du retour insidieux mais irréversible des Grands Anciens. Les visions apocalyptiques traditionnelles laissent entrevoir, après la catastrophe, des " jours meilleurs ". Le Necronomicon, pour sa part, est d'une fatalité toute claustrophobique. On ne peut arrêter ces monstres, on peut seulement accélérer leur retour !

Quelque soit sa forme éditoriale, le Necronomicon n'est rien d'autre qu'une réflexion sur un mythe profondément ancré dans l'imagination collective. Kenneth Grant, occultisye anglais et responsable d'une des branches de l'Ordo Templi Orientis (nommé OTO tifonien) partage cette thèse. Il ne croit pas en l'existence historique du manuscrit. Mais en bon magicien pragmatique, il avoue que cela n'a aucune importance. Réalité ou projection subjective de l'esprit, cela importe peu au regard de la théorie magique. Déjà Aleister Crowley écrivait, dans le Liber O vel Manus Et Sagitte : " Ce livre traite […] de beaucoup de choses qui existent ou qui n'existent pas. Mais la notion d'existence n'a pas de signification. Lorsque l'on fait des choses certaines, les événements certains se produisent. Il est demandé aux néophytes de ne pas accorder de valeur philosophique à la notion d'existence, mais de traiter ces phénomènes comme s'ils existaient réellement ". [8]Grant a développé cette pensée en recherchant les fondements de l'essence du Necronomicon ; il est arrivé à la conclusion que le livre existait, indépendamment du fait de savoir s'il a été écrit dans le monde objectif ou pas. Il existe indubitablement dans le monde des idées et figure en bonne place dans les " archives akhashiques " où sont entreposées toutes les connaissances humaines, que ce soient des faits ou des pensées. Au total, il suffit de prononcer un mot avec la puissance nécessaire pour que l'idée qui le sous-tend se manifeste ici-bas. Le Necronomicon, toujours selon Grant, existe sur le plan astral, au niveau des pensées-formes. Son contenu s'infiltre parfois de façon fragmentaire dans notre monde, sous forme de messages déments, de pastiches ou de poèmes. [9]Aussi chacun est-il capable d'écrire son propre Necronomicon, pour peu qu'il soit capable de puiser aux sources appropriées de l'Imaginaire et de faire montre de l'ouverture d'esprit nécessaire.

La puissance redoutable du Necronomicon vient sans doute de son inaccessibilité. Il est très difficile de trouver le texte, et si d'aventure on arrive à mettre la main sur le manuscrit, on se heurte à une barrière difficile à franchir. C'est celle de la compréhension ésotérique d'un texte rébarbatif. Il faut en effet passer par des listes de noms étranges et de descriptions bizarres pour arriver au véritable sens du livre. Les noms prêtés aux divinités et aux dimensions, le contenu affiché des conjurations et autre exorcismes, tout cela ne procède nullement, pour l'essentiel, d'une quelconque réalité étymologique. La magie proposée utilise la faculté d'étonnement ; elle cherche à surprendre l'ego, désorienté hors de son contexte habituel et aux proie aux affres de l'Inconnu. Il faut en quelque sorte se soumettre à un processus de transmission d'information inaccessible dans un état de conscience normale. Tous ces noms barbares réveillent et inspirent l'imagination, et les rituels décrits aident le psychisme à s'élever au niveau de l'océan infini de l'inconscient. N'oublions jamais que l'on peut se perdre facilement dans le méandre des textes, et ne jamais retrouver le chemin de retour. Cela s'appelle alors la folie !

Les Grands Anciens étaient, sont et seront à nouveau.
 

 

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