Les anges de la cathédrale de Reims sont bien connus des érudits du XIXe et du début XXe pour leur gracieux sourire. Eugène Viollet-le-Duc(1814-1879) ne s’est pas intéressé à cette figure en particulier mais à l’ensemble des anges rémois2. Emile Mâle, dans son ouvrage L’Art religieux au xiiie siècle en France, paru en 1898, se contente de noter qu’à Reims, "saint Nicaise, le haut du crâne enlevé, marche avec une sérénité héroïque entre deux anges qui lui sourient."3 C’est son alter ego, l’Ange de l’Annonciation, que remarque pour sa part André Michel dans son œuvre encyclopédique publiée en 1906. Il s’intéresse notamment à la qualité du sourire des anges de Reims : "La cathédrale de Reims est par excellence la cathédrale des anges. Et de ceux de l’abside à celui de l’Annonciation, on peut suivre dans l’expression de plus en plus aiguë du sourire, dans les particularités de la facture de plus en plus libre et dans le style de la draperie, l’évolution de la sculpture elle-même."4
Statue alors anonyme, l'Ange est décapité par une poutre de l'échafaudage en flammes, lors de l'incendie de la cathédrale de Reims, le 19 septembre 19145. Après une chute de quatre mètres cinquante, elle se brise au sol en plus d’une vingtaine de morceaux.
La tête de l’Ange au Sourire est ramassée par l’abbé Jules Thinot, dès le lendemain de l’incendie, est mise en sûreté dans les caves de l'archevêché de Reims. C'est là qu'elle est découverte par l'architecte Max Sainsaulieu, le 30 novembre 1915. Elle sert alors de support pour la propagande française, devenant le symbole du génie français et du patrimoine détruit par l'armée allemande.
Après la guerre et à partir des fragments d’origine et d’un moulage conservé au musée des monuments français (ancien Palais du Trocadéro), cette célèbre figure est reconstituée et remise à sa place, le 13 février 1926.6
